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Anthropologie de l'espace > Lexique


Loin d’être exhaustive, cette collection de termes propose des définitions qui, par leur éclectisme, sont susceptibles de nommer, entre autres choses, des phénomènes relativement nouveaux ou encore des réalités sans âge, mais récemment offertes à la conscience humaine.

 

La bibliographie se trouve dans la section FONDEMENTS.  


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ANIMA LOCI

l’esprit d’un lieu ou d’une chose, selon une perspective animiste ou hylozoïque ; « lieu anthropologique ».

ANTHROPISATION

transformation objective des choses par la technique (souvent accompagnée d’une déprédation) (Leroi Gourhan, 1964).

ASSUÉTUDE

accoutumance de l’organisme aux transformations du milieu (équivalent environnemental du tellurisme).

AUTEL

emplacement consacré, centre totémique, foyer de liturgie, condensé ontologique qui justifie une place et qui fonde un milieu.

AXE

ligne qui définit un sens, une direction ; horizontalité ou verticalité

BIODIVERSITÉ

diversité biologique ; comprend la diversité génétique, la diversité spécifique (des espèces) et la diversité écosystémique.

BIOSPHÈRE

partie vivante de la matière terrestre ; ensemble des organismes vivants qui se développent à la surface du globe. Notions d’interdépendance, d’homéstasie et de résilience ; est supposée par une écosphère.

CASTRAMÉTATION

art de choisir et de disposer l’emplacement d’un camp.

CAUSE

événement antécédent, action qui produit nécessairement un effet (se distingue du motif et se rapporte à la mouvance).

CHAOS

désordre (en opposition à l’ordre : cosmos) ; serait étymologiquement apparenté à chôra de par le radical indo-européen ghei-, signifiant la béance, le gouffre, l’abîme, l’ouverture ; non-lieu ténébreux à l’origine du cosmos.

CHÔRA

propriété ontologique que fonde la localisation d’une chose – à la fois matrice et empreinte ; lieu dynamique et existentiel ; dans le Timée de Platon, troisième genre de l’être, après l’Idée (eidos), forme intemporelle et aspatiale, et l’être relatif ou en devenir (genesis). Semblable au « lieu anthropologique », voir place.

CONCRÉTUDE

co-agrégation en un topos de tout le tissu relationnel de la chôra ; du latin concrescere, « croître ensemble » ; le fait qu’une chose soit, en elle-même et en un milieu qui lui est propre.

COORDONNÉES

mode de représentation de l’espace qui détermine la position d’un objet à un système de référence : un foyer traversé par un axe polaire et un axe équatorial.

CORPS ANIMAL

ensemble des attributs physiologiques et phylétiques d’une espèce, notamment Homo sapiens ; il cosmise le corps médial, lequel le somatise (Berque, 2000).

CORPS MÉDIAL

conjonction des propriétés écologiques, symboliques et techniques en le corps animal ; il somatise le corps animal, lequel le cosmise (Berque, 2000).

COSMICISATION

processus par lequel l’humanité s’ouvre au cosmos ; ensemble des changements (anthropologiques, philosophiques, technologiques, etc.) qui s’opèrent au contact des réalités hors Terre, dans la conscience humaine et dans l’histoire des sociétés (Sevastyanov et al., 1981).

COSMISATION

processus par lequel on donne ordre et sens à une chose ou à un ensemble de choses (s’apparie à somatisation ; se réalise par la trajection).

COSMOGRAPHIE

représentation sensible, généralement visuelle, d’un cosmos ; ensemble des cartes et des discours portant sur la configuration physique des éléments constitutifs d’un espace et dont la somme constitue un cosmos (se construit autour d’un foyer : egocentrique, allocentrique, endocentrique).

COSMOCTONIE

assassinat d’une manière originale de voir le monde ; destruction d’une cosmovision ; décomplexification ou entropie anthropique.

COSMOPHANIE

acte de la pensée par lequel on reconnaît un ordre à l’univers ; prise de conscience singulière par laquelle l’être-au-monde se trouve modifié.

COSMOS

entité transcendante et inclusive en laquelle on reconnaît l’ordre et la beauté ; conception du tout en tant qu’il fait sens.

COSMOVISION

manière exclusive et originale de percevoir le cosmos qui se répercute dans les manifestations culturelles (se construit autour d’un foyer : egocentrique, allocentrique, endocentrique).

CULTURE

ensemble des formes acquises de comportement dans les sociétés humaines : pratiques, connaissances, jugements, croyances, langues, productions artistiques, etc. (s’oppose traditionnellement à nature).

DÉPRÉDATION

exploitation de la nature sans souci de pourvoir au renouvellement de ce qui est détruit.

DROMOLOGIE

étude des impacts sur l’humain de la vitesse et de l’accélération – de l’information, des transports, etc. (Virilio, 1984).

ÉCHELLE

système d’évaluation (des grandeurs, des influences, etc.) en rapport aux réalités du monde sensible (se distingue de la proportion).

ÉCOLOGIE

science qui étudie les dynamiques biotiques à l’œuvre dans l’environnement et la biodiversité qui y habite.

ÉCOSPHÈRE

zone péristellaire habitable ; régions de l’univers, théoriquement planétaire, où la température permet la phase liquide de l’eau, l’élaboration de la vie, l’émergence de la conscience réflexive ; soppose une biosphère.

ÉCOUMÈNE

ensemble des terres émergées et habitables de la planète ; ensemble de la biosphère où des systèmes symboliques et techniques sont à l’œuvre ; relation d’un groupe humain à l’étendue terrestre (Berque, 2000) ; portion du milieu touchée par l’anthropisation ; adjectif : écouménal.

ENDROIT

partie d’un lieu occupé ou non par des choses discrètes.

ENVIRONNEMENT

dimension physique ou factuelle du milieu (devient la biosphère à l’échelle du globe).

ESPACE

étendue métrique contenue par l’horizon cosmologique ; l’espace est conçu comme homogène, isotrope [et infini] en vertu du principe cosmologique.

ESPACE-TEMPS

dans le paradigme relativiste, caractère architectonique de l’espace selon lequel la métrique spatiale est indissociable d’une métrique temporelle.

ÉVÉNEMENT

puissance d’action ancrée en un lieu et un instant particulier (unité d’une historicité et d’une terrestrialité).

FOYER

point d’où proviennent les perceptions et les sensations, lesquelles fonde sa centralité captative (s’oppose à l’horizon).

GEMMATION

dérive migratoire des peuples au cours des générations.

GÉOGRAMME

motif écouménal, souvent désigné par un toponyme, qui comporte une dimension accessible à la conscience et une dimension topique, propre à la Terre (Berque, 2000) ; exemples : mont, val, fleuve, col, abysse, tertre, cascade, forêt, plaine, etc.

GÉOGRAPHICITÉ

ensemble des attributs terrestres recensés par les sciences de la Terre – géographie, géophysique, climatologie, océanographie, etc. – et qui composent une représentation méthodique de la planète Terre (complète la terrestrialité) ; géographicité de Dardel, voir terrestrialité.

GLOBALISATION

extension globale d’un phénomène ; souvent assimilée à l’extension globale des influences anthropiques, au métissage des cultures (peut favoriser la planétarisation).

HABITUS

systèmes de disposition durables et transposables, structures structurées prédisposées à fonctionner comme des structures structurantes ; présence agissante de tout le passé dont il est le produit (Bourdieu, 1980).

HISTORICITÉ

état diachronique des événements qui sont racontés ou dont on se souvient ; la mémoire en tant qu’outil réflectif de rétention du vécu collectif (est indissociable d’une terrestrialité).

HOMINISATION

transformation physique de l’hominidé en humain (Leroi-Gourhan, 1964).

HOMINISCENCE

processus de transformation de la communauté humaine vers une plus grande équilibration avec le milieu et ses dynamismes naturels (Serres, 2001).

HOMO BULLA

évocation poétique de la fragilité du destin humain, caractérisé par une existence éphémère au sein d’ensembles cosmiques tumultueux.

HORIZON

limite des sensations (horizon sensible) et des perceptions (horizon noétique) ; du grec horos, borne ou sillon qui délimitait une ville.

HORIZON COSMOLOGIQUE

limite épistémologique de l’espace-temps dans la cosmologie contemporaine : ~13,7 G années-lumière (WMAP, 2003).

HORIZONTALITÉ

caractère de ce qui se définit par rapport à l’étendue terrestre, à l’épiderme planétaire, à l’écoumène (ne peut être comprise qu’en conjonction avec une verticalité) ; à distance, circularité perceptuelle en adéquation avec la circularité planétaire ; axe syntagmatique.

HUMANISATION

transformation subjective des choses par les symboles (Leroi-Gourhan, 1964).

HUMANITUDE

alliage de l’intelligence, de la sensibilité et de la conscience constitué des acquis de l’humanité diachronique (Jacquard, 1987).

INTROJECTION

fait d’intérioriser des choses qui sont extérieures au corps animal ; synonyme : symbolisation.

LIEU

étendue, concrète ou abstraite, occupée ou non par des choses continues, pourvues ou non d’une intentionnalité (se divise en endroits et construit un espace) ; « lieu anthropologique » : voir place.

MÉDIANCE

moment structurel de l’existence humaine et puissance du mouvoir, instaurés par la bipartition entre corps animal et corps médial (Berque, 2000) ; perspective ontologique et géographique, physique et phénoménale, subjective et objective, technique et symbolique, qui caractérise la relation qu’une société entretient avec l’environnement ; produit le milieu (Berque, 1990).

MÉDIOLOGIE

étude des faits de transmission (matière organisée – organisations matérialisée) ; étude du rapport d’influence entre une idéalité et une matérialité, un sentiment et un engin, une disposition et un dispositif, etc. (Debray, 1991)

MÉSOLOGIE

étude des rapports entre l’organisme et son environnement (comprend les dimensions sociale, institutionnelles, symboliques, etc.) ; du grec meson, milieu.

MÉTAGALAXIE

espace au-delà des volumes galactiques : comprend les vides (et les voids), les groupes, les amas et les superamas galactiques.

MILIEU

relation qu’une société établie avec l’espace et l’environnement ; étendue naturelle ou aménagée qui entoure un groupe humain, sur laquelle il agit et dont les contraintes climatiques, biologiques, édaphiques, psychosociologiques, économiques, politiques, etc. retentissent sur le comportement et l’état du groupe ; adjectif : médial.

MONDIALISATION

extension mondiale d’un phénomène ; souvent assimilée à l’extension mondiale de l’économie marchande (peut favoriser une globalisation, éventuellement une planétarisation).

MONDOVISION

transmission d’images de lieux éloignés du globe ou du cosmos grâce à des relais par satellites ou par sondes.

MOTIF

principe d’action qui incline et influence sans qu’il ne détermine (se distingue de la cause et se rapporte à la mouvance).

MOTIF ÉCOUMÉNAL

entité définie d’un milieu (montagne, tertre, vallée, caverne, etc.) ; à la fois matrice et empreinte, les motifs écouménaux exercent une influence spatio-temporelle en configurant le milieu et en motivant les changements ; synonyme : géogramme (Berque, 2000).

MOUVANCE

sphère d’influence, à la fois passive et active, évoquant à la fois l’appartenance et la mobilité ; peut s’actualiser activement par la causalité (cause) ou passivement par la motivation (motif).

NATURE

« ce qui est né » ; ensemble dynamique des sujets compris dans l’univers ; principe actif qui anime et organise l’ensemble des choses existantes selon un certain ordre (mana) ; ensemble de tout ce qui n’est pas une production humaine (s’oppose à culture).

NÉANT

non-être (le pendant ontologique du vide topique) ; dans un cosmographie, zone de dilution (s’oppose à une place).

PAYSAGE

dimension sensible, symbolique et esthétique du milieu (Berque, 1990).

PERCOLATION

opération par laquelle un ensemble de points sont reliés par le chevauchement de cercles centrés sur chacun d’eux ; opération par laquelle les horizons intersubjectifs sont reliés, le point étant le foyer et le cercle son horizon perceptuel ; illustration de l’écoumène.

PERSPECTIVE

plan perceptif (naturel ou culturel) à l’origine des représentations spatiales ou cosmiques ; mode de représentation géométrique de l’espace, nouant l’expérience de l’observateur à un point de fuite.

PLACE

étendue où s’exercent certaines activités ou qui sert à un usage déterminé (participe à un cosmos et s’oppose à un vide) ; en anglais, « sense of place » est assimilable au lieu anthropologique, lequel est indissociable de la corporéité, formant avec lui un terme connaturel. La place, imprégnée de sens, de mémoires, de rêves, comporte dès lors son propre horizon et sa profondeur, affirmant sa substance phénoménale et son idiolocalité. Elle est constitutive et culturellement constituée, absorptive, générative et configuratrice.

PLANÉTARISATION

processus culturel de prise de conscience par lequel les caractéristiques astrales du lieu de vie sont reconnues ; associée aux notions d’interdépendance et de coresponsabilité ; complète la dyade mondialisation/globalisation.

PLANÉTARITÉ

état de ce qui est proprement assimilable à planète, la planétarité d’un lieu s’institue dans la relation à un ailleurs qui repose au-delà de l’horizon perceptuel ; régime des interférences azimutales et nadiro-zénithales qui parcourent le globe ; complétude entre une terrestrialité et une géographicité.

PLANÈTE

astre rond et fini qui gravite autour d’une étoile ; lieu où peut se développer la vie et qui tire sa principale source thermodynamique d’une étoile avoisinante ou de sa propre géothermie.

PLANÉTOLOGIE

Science de l’étude physique des planètes.

POINT

unité fondamentale de l’espace ; épistémologiquement 10-33 cm.

PRINCIPE COSMOLOGIQUE

principe heuristique postulant que l’espace est homogène et isotrope.

PROJECTION

fait d’extérioriser des choses qui sont à l’intérieur du corps animal ; agir sur le monde par le biais du corps médial ; synonyme : technicisation ou exosomatisation.

PROPORTION

système d’évaluation (des formes, des influences, etc.) en rapport à d’autres entités, réelles ou abstraites (se distingue de l’échelle).

RÉALITÉ

résultat qui naît du rapport entre la conscience réflective et perceptive [humaine] et les choses du monde phénoménal ; conjonction d’une terrestrialité et d’une historicité (est relatif à l’écoumène et constitue la pierre de touche d’un cosmos).

RÉEL

ensemble de ce qui est ; le réel pur des choses en-soi est asymptotiquement connaissable (s’apparente à l’univers).

SOMATISATION

processus par lequel le corps animal est affecté par le corps médial (s’apparie à la cosmisation ; se réalise par la trajection) (Berque, 2000).

TELLURISME

influence du milieu (la terre, le sol) sur les êtres qui y vivent ; influences terrestres sur les mœurs humaines (équivalent écouménal de l’assuétude).

TERRESTRIALITÉ

état de ce qui est terrestre et de ce qui met en cause la totalité de ce qui y vit ; la Terre en tant que lieu, base et moyen de la réalisation humaine (assimilable à la géographicité de Dardel, 1952) (est indissociable d’une historicité et subsume la géographicité).

TOPOS

dans le Timée de Platon, lieu qu’occupe une chose ; aussi topicité.

TRAJECTION

combinaison à la fois médiale et historique du subjectif et de l’objectif, du physique et du phénoménal, de l’écologique et du symbolique, produisant une médiance ; du latin trajectio, transfert, transport (Berque, 1990) ; mode écouménal de l’être humain.

TRANSHUMANCE

migration périodique d’une population en fonction des changements saisonniers.

UNIVERS

ensemble immanent et inclusif, conjugaison dynamique et ambothétique d’un cosmos et d’un espace.

UNUS MUNDUS

cohésion unitaire de toute chose ; en opposition au dualisme cartésien qui institue une fracture entre la res cogita et le res extensia.

UTOPIE

du grec ού τόπος « non lieu » ; par extension, tous les tableaux représentant l’organisation idéale d’une société humaine, donc une médiance ; souvent associé à son pendant temporel, l’uchronie.

VERTICALITÉ

caractère de ce qui se définit par rapport à l’étagement planétaire radial, depuis le cœur chaud jusqu’à l’exosphère de gaz, se poursuivant dans les confins cosmiques (ne peut être comprise qu’en conjonction avec l’horizontalité) ; axe paradigmatique.

VIDE

non-lieu (le pendant topique du néant ontologique) ; espace, lieu ou endroit perceptiblement inoccupé.

VOID

lieu de l’espace qui n’est occupé ni par un groupe ni par un amas ni par un superamas galactique.

XOANON

morceau de bois qui, pour les Grecs, représentait une déité et en instituait le lieu ; apparenté au bômos (autel) et à l’omphalos (Premier Axe).

Y

pronom adverbial représentatif de l’endroit où on est, où l’on va.


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Dernière mise à jour 17.02.04 :: Félix Pharand-Deschênes