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Géodynamique Virtuelle. Le désir de connaître, si l’on en croit Aristote, naît de l’étonnement. Bien plus que de la fascination, ce sentiment renvoie au fait d’être ébranlé comme par un coup de tonnerre. Il y a friction entre l’humain et le monde. Victor Hugo parle du « grandissement de l’âme par la stupeur ». La nature peut paraître effectivement terrifiante de par la gamme quasi illimitée des phénomènes qui se jouent en elle. Or, des régions apparaissent plus à risque que d’autres. On les reconnaît par l’aspect accidenté et escarpé du relief. Les peuplements humains semblent apprécier ces régions tumultueuses. Pensons notamment à la Californie, sise sur la patibulaire faille de San Andreas, ou encore aux beautés sauvages du Rift Africain. Mais c’est le Japon qui demeure sans nul doute le lieu terrestre qui soit démographiquement et géodynamiquement le plus actif du globe. L’étonnement y gagne des proportions parfois funestes : volcanisme prégnant, tremblements telluriques fréquents, typhons et mascarets en tous les flancs... Pour mieux contourner l’aléatoire de cette condition, un superordinateur vient d’être mis en fonction : l’Earth Simulator ou Simulateur de la Terre. Il s’agit en fait du plus puissant système de computation parallèle à ce jour. Couvrant une surface totale de 3 250 mètres, ce vaste organisme est composé de 640 superordinateurs interconnectés par un réseau à très haute-vitesse, le tout carburant grâce à 5 120 processeurs. Ce colosse informatique est capable de 35.86 teraflops, c’est-à-dire qu’il peut effectuer trente cinq milles milliards de calculs par seconde. Situé à Yokohama, au quatrième étage d’un bâtiment protégé par un bouclier électromagnétique pour contrer les interférences extérieures, le Earth Simulator est cinq fois plus puissant que l’ancien champion poids lourd es calculator. Plus de 2 800 km de filage sont nécessaires à son fonctionnement. L’infrastructure est souple, afin de survivre à d’éventuels tremblements de terre... D’un coût de 400 millions de dollars US, ce méga-projet vise un objectif précis : élaborer des modèles prédictifs raffinés (de l’ordre de 10 km) en océanographie, en climatologie, en volcanologie et en séismologie afin d’anticiper les situations dramatiques qui, à n’en pas douter, surviendront à l’avenir. Les humains en sont donc arriver à ce degré de compréhension des phénomènes naturels qui leur permet de reproduire, artificiellement, virtuellement, des événements qui, pendant des milliards d’années , n’ont eu cours que dans la réalité sensible du monde physique. |
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Dernière mise à jour 17-12-02 :: Félix Pharand-Deschênes |