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Anthropologie de l'espace > Imagerie de l'écoumène > ANTHROPISATION ET BIOSPHÈRE




Anthropisation et Biosphère. Au-delà du truisme voulant que toutes les espèces aient un impact sur leur milieu, l’impact de l’humain se distingue sur Terre par ses proportions uniques. Bien sûr, d’aucuns allègueront que les bactéries règnent en maîtres là où il y a vie ou encore que les termites élaborent des infrastructures disproportionnées pour leur taille. Soit. Un consensus est malgré tout plutôt bien établi de nos jours : l’aptitude à la symbolisation (c’est-à-dire à la fabrication et à la manipulation d’idées abstraites) fait de Homo sapiens une espèce capable de coordonner et de fédérer ses activités, ce qui lui permet théoriquement d’approfondir qualitativement et quantitativement son champ d’influence sur le monde. Pensons pour s’en convaincre au pouvoir surréel que procure le génie génétique, faisant de l’être humain la première espèce à avoir les moyens de prendre en charge son devenir biologique. S’agit-il d’un avènement prométhéen, susceptible de guérir les maux et tares de l’humanité ou, à l’inverse, s’agit-il d’un pacte faustien capable, sur le long terme, de nous précipiter vers l’expérimentation débridée et, ultimement, vers l’extinction ? Des tendances se dessinent et le temps se chargera bien de les nuancer ou de les magnifier…

D’ores et déjà, certains constats indiquent des propensions auxquelles obéit le genre humain. Propagations seraient peut-être un meilleur terme pour en décrire les développements objectifiables. Car s’il est une chose qu’un observateur non-terrestre peu constater sans avoir recours à une investigation en profondeur, c’est bien l’ampleur des infrastructures humaines. Qui dit infrastructures – sentiers, routes, chemins de fer, ponts, oléoducs, habitations, pylônes, parc industriels, barrages, stations de forage, tunnels, etc. – dit perturbation du milieu biologique. Et ces chamboulements sont usuellement proportionnelles aux capacités de l’agent perturbateur ; pensons aux projets cyclopéens comme la station Troll en Mer du Nord ou au barrage des Trois Gorges en Chine.

Par l’étude macroscopique des modes prolifératifs de l’humain, certains attributs ont pu être mises au jour. Par exemple, on constate que les infrastructures naissent en « amas » ou groupements et qu’elles se dispersent ensuite, jusqu’à rencontrer d’autres zones de « développement ». Cette dispersion coordonnée des technologies humaines est formidablement efficace, tout particulièrement pour l’exploitation des ressources qui gisent à l’intérieur d’un rayon critique donné. Ce phénomène est une forme de percolation du territoire. Chaque foyer connaît une expansion idéalement circulaire jusqu’à ce qu'il parachève le contrôle qu'il exerce sur une aire.

Inutile de mentionner à ce stade-ci que cet étalement imposé au monde a de lourdes conséquences sur la diversité biologique. Des centaines d’études confirment que l’accaparement des terres par Homo sapiens est le facteur premier à l’origine de la diminution et de la disparition des espèces. Une quantité d’observations démontrent qu’il y a une corrélation évidente entre le développement des réseaux routiers, facilitant l’accès aux industries, et la déforestation, la chasse, l’immigration et le flot d’espèces intrusives et pathogènes. Cette conversion ou anthropisation du milieu séquestre bien des espèces, fragmente et fragilise des écosystèmes et bouleverse les relations prédateurs-proies. Il est par ailleurs historiquement bien connu que l’avènement de Homo sapiens sur de nouveaux territoires (îles, continents...) stimule des cascades d’extinctions. Parmi les cas spectaculaires, notons les effets dévastateurs que causa l’arrivée des Maoris en Nouvelle-Zélande ; des pressions déprédatrices intenses suscitèrent la disparition de près de la moitié des populations d’oiseaux que comptaient originellement cette île, dont les fameux moas. Or, l’ampleur de ces sombres dévastations est aujourd’hui sans précédent. On nomme « extinctions centinéliennes » ces décimations brusques et catastrophiques d’espèces, en mémoire des disparus de la crête de Centinela, située dans le contrefort ouest des Andes, en Équateur. Lorsque l’on défricha la bande forestière pour la convertir en terres arables, quatre-vingt-dix espèces de plantes, qui avaient été découvertes pour la première fois lors d’un recensement de 1978, disparurent quasi instantanément.

La carte du haut présente une synthèse de plusieurs centaines d’études réalisées sur l’impact de l’humain sur son milieu. Cette image a été réalisé par GLOBIO, un organisme affilié à l’UNEP (United Nations Environment Programme) et au NINA (Norwegian Institute for Nature Research). GLOBIO a été crée en juin 2001 afin d’apporter des outils et des arguments scientifiques au débat portant sur la nature des changements environnementaux globaux. Quatre scénarios portant sur le taux de prolifération des infrastructures ont été envisagés d’ici à 2050 :

1. Durabilité prioritaire : on assume que la planification stratégique régionale de la réduction et du contrôle des effets humains contribue à minimiser le développement éclamptique et à ralentir l’industrialisation exponentielle. Ce scénario doit néanmoins tenir compte des actions passées et de leurs effets à long terme ;

2. Politique prioritaire : on assume une poursuite des développements actuels au rythme actuel ;

3. Sécurité prioritaire : on assume une décélération du régime actuel de développement ;

4. Marché prioritaire : on assume que les lois du marché sont laissées libres d’agir selon leur logique propre.

Conclusion : le pire des scénarios, le quatrième, suppute que d’ici à l’an 2032, la biodiversité de la planète sera profondément altérée sur 72 % de la surface émergée du globe. « Nous n’héritons pas la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants », disait le proverbe.






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Dernière mise à jour 17-12-02 :: Félix Pharand-Deschênes